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Derniers polars

Il y a bien longtemps, j'ai entrepris de lire un polar par pays. Attention, il ne s'agit pas du pays où se déroule l'action, mais du pays de naissance de l'auteur, quoique cela se recoupe souvent... C'est resté un peu en panne, mais voilà, je m'y remets. La liste complète des pays déjà cochés, en modification plus ou moins perpetuelle,  est là. Je ne désespère pas de m'y remettre! N'hésitez pas à aller la voir pour me donner des suggestions!


Qui a tué l'ayatollah Kanuni ? de Naïri Nahapétian (Iran)

Qui a tué l'ayatollah Kanuni ? a été écrit par une journaliste française dont la famille a fui l'Iran après la révolution islamique. Autant vous dire que lorsqu'elle écrit le récit du voyage au pays de Narek, un jeune Français d'origine iranienne, de mère arménienne et de père persan, elle sait de quoi elle parle.
Narek, justement, par qui le lecteur entre dans le roman: Il pensait venir à Téhéran pour trouver un sujet de reportage, et aussi, peut-être, le souvenir de sa mère, morte quand il avait quatre ans, juste avant que son père l'emmène en France. Là bas, il aura la malchance de se trouver sur les lieux d'un crime, le meurtre d'un ayatollah, et c'est ainsi que ce roman débute....
Pour prévenir les amateurs de polars purs et durs, l'enquête ici est plus prétexte qu'autre chose. Oui, toute une série de protagonistes vont graviter autour du jeune homme et tenter de comprendre la vérité, mais le plus important dans ce roman,c 'est la description de la Téhéran actuelle et de la société iranienne, un méli-mélo de contradictions, de haines entre factions, datant parfois de la révolution ou même d'avant, de désir d'ailleurs, d'exil aux USA, et d'amour profond du pays, de danger aussi, avec la possibilité jamais lointaine de voir débarquer les Bassidji ou autres branches des Gardiens de la Révolution et de se retrouver au trou pour la nuit pour une paire de santiags! Un pays très étrange où une femme peut occuper un poste important dans un laboratoire pharmaceutique...et avoir besoin de la permission écrite de son mari pour passer une nuit dans un hôtel en déplacement professionnel. Un pays très étrange que le lecteur est invité à découvrir peu à peu et dont les habitants croisés tour à tour fascinent et/ou révulsent.
Si j'avoue une certaine nécessité d'un temps d'adaptation aux noms propres persans , j'ai lu ce roman avec plaisir, quoique pas du tout dans l'état d'esprit que j'ai d'habitude en dévorant un polar: Qui a tué l'ayatollah Kanuni? est définitivement plus un roman sur l'Iran actuelle,sur sa société, qui se trouve se doubler d'un roman policier dont l'enquête aurait mérité d'être un peu plus corsée.
Cela reste un livre très intéressant, qui donne au lecteur l'envie d'apprendre un jour que son auteur a continué dans cette voie et de retourner voir l'Iran par sa plume!

Deux d'un coup de Liviu Rebreanu (Roumanie)

Deux d'un coup est un excellent exemple de ces livres qu'on n'aurait jamais lu de soi-même, merci gaenaria,  et qui vous emballent et prouvent que rien ne vaut les conseils d'autres lecteurs pour découvrir des petits bijoux!
Une petite ville roumaine entre les deux guerres se voit le théâtre d'un double meurtre: l'avare local et son épouse, étranglés chez eux sans aucun témoin et voici que tout le monde, ou presque, se retrouve suspect. le neveu ? le frère? La soeur? Un voleur chanceux? Un ami déçu? le juge d'instruction n'a que l'embarras du choix en matière de suspect, mais ce serait dommage de penser que Deux d'un coup se réduit à un banal polar. Entre la critique du genre humain, la satire sociale, l'humour qu'il recèle, le roman est parfaitement équilibré et vraiment plaisant à dévorer.
Une excellente lecture à recommander.

La mort à marée basse de Pieter Aspe (Belgique)

Le commissaire Van In travaille officiellement sur une affaire de meurtre: un cadavre retrouvé sur la plage et mort d'une bien vilaine façon. Seulement voilà, il préférerait avoir le droit d'enquêter sur une affaire de viol, dont hélas la victime a finalement choisi de ne pas déposer plainte. Pour ne rien arranger, voilà qu'on lui intime l'ordre de bosser avec un flic de la PJ.

L'enquête est ultra classique, franchement un peu trop à vrai dire, car on a du lire un certain nombre de fois ces suspects là, sur qui le trait est trop forcé; mais on se laisse quand même prendre au jeu. Le commissaire est suffisamment humain pour intéresser le lecteur, et s'il a certains des traits classiques des enquêteurs rebattus, comme l'alcool et la capacité d'ignorer les règles qui semble à la mode dans les personnages de flics, l'auteur sait le renouveler par la facette de sa famille.

La fin est assez frustrante: on a envie de réclamer un chapitre de plus à l'auteur mais finalement, cela fait aussi la différence de ce livre, l'empêche d'être aussitôt oublié.
Je ne suis pas sûre de relire des enquêtes du commissaire Van In, ou alors je le choisirais dans le début de la série,histoire de voir si je m'attache plus aux enquêteurs. Cela donne un roman correct, mais qui peine, je trouve, à se hisser au niveau d'autres polars à l'enquête plus réussie.

Mélanges de sangs de Roger Smith (Afrique du Sud)

L'office de tourisme du Cap devrait mettre un contrat sur la tête de Roger Smith!
Celui-ci n'a aucune pitié pour décrire les Flats, leur violence quotidienne devenue si présente qu'elle en est banalisée, les ravages de la drogue, les viols, les enlèvements... Charmant patelin où la vie ne vaut rien et les morts s'accumulent. Bien sûr, il y a beaucoup de romans emplis de plus de violence, comme le Livre Sans Nom mais ce qui est terrifiant ici, ce sont les statistiques du Cap qui rendent Mélanges de sangs si réaliste par rapport à des oeuvres fantaisistes.
Plus qu'un roman policier, il s'agit ici d'un roman noir. Dès le début,nous savons très bien qui a tué qui, et les flics s'en moquent pas mal! Gatsby Barnard, policier corrompu au delà de tout ce qu'on peut imaginer ne cherche que le meilleur moyen de faire du fric, et Disaster Zondi, enquêteur zoulou venu de Johannesburg, qu'à faire tomber Barnard pour corruption!
L'écriture met en valeur une histoire très sombre, poisseuse de sang et de malchance qui vous enfonce la tête sous l'eau, de rédemption impossible et de secondes chances torpillées. C'est terrifiant et puissant et plutôt addictif, et aussi dépourvu d'espoir que la vie dans les Flats!
Tags: livre, tour du monde des polars
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